Supercherie du Grenelle : les associations découvrent -enfin- le vrai visage de Sarkozy

Publié le19 janvier 2012

0


CONVENTION UMPPOUR L'ECOLOGIE

Sarkozy, l’homme qui aimait les Rolex, le Fouquet’S,  les karchers, les chasseurs, le nucléaire, les nitrates,… Liste non exhaustive. Mais aussi et surtout, l’homme pour qui “l’environnement, ça commence à bien faire” ! En une page aujourd’hui, Le Monde (voir ci-dessous), résume l’imposture mise en place par un homme et un gouvernement, dont on peut regretter que celle-ci ait réussi à berner certaines -et non des moindres- associations environnementales, voire quelques politiques que l’on n’attendaient à un tel niveau de naïveté.

Quand l’agité de l’Élysée lance avec son fou du roi Jean-Louis Borloo le Grenelle de l’Environnement au lendemain de son élection, ils sont nombreux à se précipiter dans ce piège que leur tend l’homme aux talonnettes. A commencer par l’inénarrable Nicolas Hulot qui en revendiquait alors fièrement la quasi paternité de ce machin à travers son pacte écologique lancé en pleine élection présidentielle, toujours en 2007.

Tous sur la photo de famille... La belle brochette de caution morale.

Las, quelques mois plus tard, ce même Hulot, comme beaucoup d’autres associations, constatait, trop tard, qu’il n’avait été qu’une pauvre caution morale pour l’une des plus grandes entreprises de greenwashing jamais monté par un gouvernement. Inutile de tirer sur l’ambulance ?

Peut être mais dans le même temps, en se précipitant en octobre 2007 à l’Élysée, trop heureux de se faire tirer le portrait sur le perron de ce palais doré, tous ces responsables associatifs et politiques portent au final une lourde responsabilité dans le terrible recul qu’accuse aujourd’hui la question environnementale en France (la Cour des Comptes n’hésitant pas à parler à propos du volet fiscal du Grenelle de l’environnement que celui-ci était “une source d’incohérence et d’inefficacité“, voir ci-dessous).

Aucun compromis, aucune discussion à engager avec une idéologie libérale et productiviste

Un recul symbolisé mardi avec la déclaration du candidat Sarkozy devant un parterre de furieux de la gâchette ” J’ai conscience que l’aspect tatillon de certains règlements administratifs – dans le domaine de l’environnement – vous insupporte “. Et histoire de se faire bien comprendre, il ajoutait ce même jour que la législation sur la protection de  l’eau mériterai d’être assouplie… Aussitôt, toutes les associations, notamment celles là même qui s’étaient empressées d’accourir à ce triste Grenelle ont crié -à juste titre- à l’écocide.

Seulement voilà, cette prise de conscience parait bien tardive et terriblement à contre-temps. L’incroyable supercherie environnementale montée par Sarkozy et sa bande n’aurait jamais dû susciter le moindre intérêt de la part des ONG concernées. Comment pouvaient elles un instant imaginer que cette droite, comme toutes les droites, voir une certaine gauche, ultra-productiviste et ultralibérale, pouvait avoir la volonté de mettre l’environnement au cœur de sa politique ?

S’il n’y a qu’une leçon à retenir de ce calamiteux épisode, c’est bien celui-là : aucun compromis, aucune discussion ne peut être engagés avec une idéologie qui revendique ouvertement, ou ne condamne pas explicitement, le productivisme et le libéralisme comme son horizon indépassable

Nicolas Sarkozy tourne le dos à l’environnement – Le Monde – 20/01/2012

Déçus, navrés, les mouvements de défense de l’environnement avaient du mal, mercredi 18 janvier, à digérer les déclarations faites la veille par Nicolas Sarkozy à Pamiers, dans l’Ariège. C’est à leurs dépens que le chef de l’Etat, venu présenter ses voeux au monde rural, a lancé une opération de charme en direction des agriculteurs. ” J’ai conscience que l’aspect tatillon de certains règlements administratifs – dans le domaine de l’environnement – vous insupporte “, a-t-il dit, reprenant l’expression employée par son ministre de l’agriculture, Bruno Le Maire, le 21 décembre 2011.

” La préservation de l’environnement, ça n’est pas empêcher quiconque de faire quoi que ce soit (…), a insisté le président de la République. Il faut absolument lever le pied de ce point de vue. ” Il a cité expressément la protection de l’eau, avant de s’en prendre à la décision du Conseil d’Etat du 23 décembre, demandant que la clôture de la chasse aux oies soit fixée plus tôt. Ce qui revient à priver les chasseurs ” d’un petit bonheur “, a déploré M. Sarkozy.

” Les dates de chasse ne sont pas décidées pour faire plaisir aux écolos, mais pour tenir compte de la reproduction des animaux ! “, s’offusque Benoît Hartmann, porte-parole de France nature environnement (FNE). ” Est-ce la stratégie électorale de la majorité en faveur d’un électorat rural ? C’est oublier que de nombreux ruraux militent dans une de nos 3 000 associations ! “, déclare de son côté Bruno Genty, le président de FNE, qui se dit ” abasourdi “.

Déjà, à l’occasion du Salon de l’agriculture, en mars 2010, s’agissant ” des questions d’environnement “, le chef de l’Etat avait lancé un : ” Ça commence à bien faire ! ” Pour François Veillerette, porte-parole de Générations futures, M. Sarkozy, ” après s’être présenté en champion de la défense de l’environnement, ne cesse de renier ses propres propos “. En cette période électorale, ajoute-t-il, ” il préfère braconner sur les terres du Front national “.

Ces critiques recoupent celles de WWF-France. Son directeur général, Serge Orru, déplore qu’après le ” travail colossal ” accompli lors du Grenelle de l’environnement, M. Sarkozy ” jette les écologistes en pâture aux agriculteurs et aux chasseurs “. ” C’est dommage et inutile, car l’ensemble de la société française va devoir affronter la transition énergétique et écologique “, souligne-t-il.

” Nous assistons depuis plusieurs mois à une régression de la politique de l’eau, avec les annonces faites sur les élevages et sur l’irrigation “, soupire pour sa part Gilles Huet, délégué général d’Eau et rivières de Bretagne.

Les syndicats, eux aussi, dénoncent les déclarations du président de la République. ” On voit bien qu’il envoie des signaux en détricotant le Grenelle “, estime Jean-Paul Sotura, responsable du développement durable à la CGT. ” Il y a une connivence troublante entre le discours politique et celui du syndicat majoritaire agricole, la FNSEA, souligne, pour sa part, Philippe Collin, de la Confédération paysanne. Quel marché ont-ils passé ? “

Le 5 janvier, le président de la FNSEA, Xavier Beulin, avait dénoncé les ” excès de zèle ” dans les pratiques environnementales – en particulier sur la question de la protection de l’eau -, qu’il jugeait ” incompatibles avec l’activité agricole “.

L’émotion a aussi gagné l’opposition. ” M. Sarkozy se comporte en braconnier de l’environnement “, estiment Eva Joly et Cécile Duflot (Europe Ecologie-Les Verts). Dans les couloirs de l’Assemblée nationale, le président du groupe socialiste, Jean-Marc Ayrault, s’est montré incisif : ” M. Sarkozy a fait le Grenelle de l’environnement, c’était une bonne chose. Mais en réalité, il a voulu faire un coup avec l’écologie et, aujourd’hui, il crache dessus. “

Le ministère de l’écologie cherche à calmer le jeu, en détaillant les ” mesures ” évoquées par le chef de l’Etat. ” La cause environnementale n’est pas contestable et pas contestée, déclare-t-on au cabinet de Nathalie Kosciusko-Morizet. Il s’agit de simplifier la réglementation, non dans ses exigences mais dans ses applications. ” Exemples cités : faciliter l’installation d’usines de méthanisation, pour transformer le lisier, ou de retenues d’eau, ou encore regrouper les nombreuses déclarations à remplir par les agriculteurs, ” parfois confrontés à 17 réglementations différentes, soit 17 dossiers à remplir “. La prochaine adoption par l’Assemblée de la proposition de loi de Jean-Luc Warsmann (UMP) sur ” la simplification du droit et l’allégement des démarches administratives ” sera un élément important de cette inflexion annoncée par le chef de l’Etat.

Rémi Barroux et Martine Valo

La Cour des comptes épingle l’échec fiscal du ” Grenelle “- Le Monde – 20/01/2012

Le volet fiscal du Grenelle de l’environnement n’a pas été maîtrisé, il a été source d’incohérence et d’inefficacité “, a estimé Didier Migaud, le président de la Cour des comptes, devant la commission des finances de l’Assemblée nationale, mercredi 18 janvier. C’est l’une des critiques formulées par les magistrats de la rue Cambon dans le référé transmis au premier ministre début novembre 2011 et rendu public, mercredi, sur ” l’impact budgétaire et fiscal du Grenelle de l’environnement “. A l’occasion du 4e anniversaire du Grenelle, la Cour avait jugé utile de dresser un bilan.

Globalement, a expliqué M. Migaud devant une vingtaine de parlementaires, ” les premiers résultats du Grenelle sont encourageants mais contrastés “. Encourageants parce que le ” coût budgétaire a été contenu “. La dépense, estimée à l’origine à 4,5 milliards d’euros pour la période 2009-2011, se serait en fait élevée à 5 milliards, sans compter les sommes engagées par les collectivités territoriales. Sur cette somme, a précisé M. Migaud, le bonus-malus automobile représente, à lui seul, quelque 2 milliards.

” Le Grenelle avait pour objectif de “verdir” la fiscalité et les mesures devaient être équilibrées : c’est un échec “, a-t-il expliqué aux parlementaires, en pointant les 26 niches fiscales défavorables à l’environnement, qui représenteraient 2,2 milliards de dépenses.

Le retard pris dans la mise en oeuvre de l’écotaxe poids lourds et l’abandon de la taxe carbone coûtent cher, a-t-il rappelé. Point positif, pour la Cour des comptes, ” les résultats semblent prometteurs dans les secteurs du bâtiment et des énergies renouvelables “. Dans ce dernier domaine, a précisé M. Migaud, ” la progression sera financée par les consommateurs par une augmentation de 11 % environ de leur facture “.

Lors du court débat qui a suivi, les députés de la majorité n’ont pas manqué de critiquer le coût du Grenelle. Ainsi, François Boulard (UMP, Morbihan) a dénoncé son ” impact économique extrêmement négatif dans la conjoncture actuelle de crise “. Gilles Carrez (UMP, Val-de-Marne), rapporteur général de la Commission des finances, s’est aussi demandé si ” ces sommes étaient supportables “, précisant que ces 5 milliards d’euros lui ” donnaient le vertige “. Hervé Mariton (UMP, Drôme), lui, s’est interrogé sur la difficulté de mesurer réellement l’impact et les objectifs du Grenelle. Plus prudent, dans sa réponse adressée à la Cour des comptes le 30 décembre 2011, le premier ministre, François Fillon, a rassuré les magistrats. ” L’effort de suivi et d’évaluation sera poursuivi et amplifié “, a-t-il écrit.

R. Bx

Une ” régression organisée ” de la législation agricole sur les nitrates - Le Monde – 20/01/2012

LE 14 JANVIER a pris fin une consultation publique passée largement inaperçue. Le gouvernement souhaitait recueillir, en un mois, l’avis des Français sur la réforme de ” la protection des eaux contre la pollution par les nitrates d’origine agricole “, qu’il voudrait voir s’appliquer à partir de 2013. Il y avait en fait de grandes chances qu’un citadin dépourvu de solides références agronomiques se montre peu enclin à se prononcer sur ces dispositifs technico-réglementaires, sans un renfort pédagogique.

Les associations de défense de l’environnement, elles, s’inquiètent. Une fois encore, l’alerte vient de Bretagne. La première région agricole de France est particulièrement concernée : près de 65 000 m3 d’algues vertes ont été ramassés sur son littoral à l’été 2011, soit 7 000 m3 de plus qu’en 2010. Une prolifération très largement due à l’agriculture et à l’élevage industriels. Eau et rivières de Bretagne voit dans la réforme qui se met en place une ” régression parfaitement organisée de la législation ” et un encouragement aux pratiques nuisibles. Avec France nature environnement (FNE), elle a déjà formé un recours gracieux contre un décret du 10 octobre 2011. Celui-ci conduit, par un changement de mode de calcul, à augmenter la surface légale sur laquelle chaque exploitation peut épandre ses effluents d’élevage. Ce qui permet de déverser encore plus de lisier, dénoncent les défenseurs de l’environnement.

Porcheries démesurées

Pire peut-être, le plus récent projet de décret abroge l’interdiction, pour les élevages les plus importants, d’augmenter leurs cheptels dans les territoires les plus touchés (les ” zones d’excédent structurel “). Les associations perdent là un moyen de lutte contre les porcheries démesurées dans les cantons les plus pollués.

Au ministère de l’agriculture, on défend cette suppression au nom d’une simplification de la lutte contre les excès de nitrates. A la limitation du nombre d’animaux doit se substituer un plafonnement du seuil d’azote, calculé à partir de toutes les entrées (achat d’engrais, accueil du lisier d’un élevage voisin) et sorties de chaque exploitation. Mais ce système, qui ne pourra être évalué qu’a posteriori, est entièrement basé sur les déclarations des agriculteurs. En octobre 2011, l’Autorité environnementale – une instance du ministère de l’écologie – avait émis de sérieuses réserves sur ces modifications, précisément à cause du manque de contrôle prévu.

Le gouvernement reconnaît que certains décrets et arrêtés ont pour objectif d’échapper au contentieux avec la Commission européenne. Bruxelles a moult fois épinglé la France pour son laxisme dans la reconquête de la qualité de l’eau.

M. V.

Publié dans : Agriculture, Environnement