“En tant que Parisien, la voiture ne fait pas partie de mes habitudes de vie”. La phrase est d ‘un parisien qui a testé AutoLib. Tiré d’un article du Monde (voir ci-dessous) elle claque comme un soufflet à a face de celles et ceux, à commencer par le maire de Paris et son nouveau copain Bolloré, qui ont fait de ce service pseudo révolutionnaire un argument politique pour l’un, commercial, pour l’autre. Dans un article publié sur son site au titre sans équivoque “Autolib’ peine à trouver sa clientèle“, Le Monde dresse un portrait peu flatteur des premières semaines d’utilisation de ce service inauguré en grande pompe en décembre dernier.
Ainsi, raconte le journal du soir, “Un commerçant, dont la vitrine donne sur quatre places de stationnement réservées aux Bluecar, les petits modèles électriques conçus par le groupe Bolloré, est déjà capable de reconnaître chaque voiture. C’est facile, “elles ne bougent pas, ou alors la nuit”, dit-il, précisant n’avoir jamais croisé un utilisateur.” On aurait envie de se tordre de rire, mais en l’espèce, c’est plutôt un sourire jaune que l’on esquisse. Car au delà de constater que les détracteurs d’Autolib avait vu juste, en terme non seulement d’utilité publique mais aussi d’une hypothétique réussite économique, c’est le gâchis multiple de cette opération qui reste en travers de la gorge.
Gabegie
Tout a été dit ici et ailleurs, sur les tares à la fois environnementales et économiques. Le risque de voir Autolib’ se transformer en énorme gabegie est donc réel et quoi qu’en dise Bertrand Delanoë, si la spirale de l’échec se confirme, celui-ci retombera sur le portefeuille des parisiens. Car les habitants (comme ceux des 46 communes concernées par la mise en place de ce “service”) seront appelés à la rescousse : si il y a plus de 60 millions d’euros de pertes, chacun d’entre nous devra en effet généreusement venir à la rescousse de Bolloré. Lequel a reçu,ne l’oublions pas, 35 millions d’ euros pour les stations Autolib (payés par les collectivités adhérentes au syndicat) et 5 millions d’euros par une subvention de la région Ile-de-France.
Tout ça pour satisfaire les ambitions politiques et économiques de deux hommes dans une ville où le nombre de voitures pour 1000 habitants avoisine les 350, soit l’un des plus faibles total de France. No, coment, on ne tire pas sur une ambulance…
Autolib’ peine à trouver sa clientèle
Confiée à la mi-décembre 2011, la mission paraissait simple : rencontrer un utilisateur du nouveau service Autolib’ et recueillir ses premières impressions. Il suffirait, croyait-on, de se poster devant une borne et d’attendre le chaland. Las, après une longue attente sous la pluie dans une avenue proche de la place de l’Etoile, dans le 8e arrondissement de Paris, la partie n’apparaît pas aussi facile. Un commerçant, dont la vitrine donne sur quatre places de stationnement réservées aux Bluecar, les petits modèles électriques conçus par le groupe Bolloré, est déjà capable de reconnaître chaque voiture. C’est facile, “elles ne bougent pas, ou alors la nuit”, dit-il, précisant n’avoir jamais croisé un utilisateur.
Le lendemain, l’attente se poursuit, deux heures durant, dans un café du 10e arrondissement, Chez Tof, situé en face d’une borne. Une Autolib’ stationne, mais personne ne se présente avec l’intention de la louer. Les appels désespérés lancés sur les réseaux sociaux ne se révèlent pas plus fructueux. Les automobilistes parisiens, qui hésitaient, de peur d’être verbalisés, à investir les places vides réservées aux Bluecar, n’ont désormais plus guère de scrupules.
Le nombre même de voitures disponibles – 380 le 25 janvier – demeure limité. Le groupe Bolloré prévoit d’en ajouter “entre 10 et 15 par jour ouvrable d’ici à la fin 2012″, promet Julien Varin, qui est chargé de la communication d’Autolib’.
Deux clients acceptent finalement de témoigner. Guillaume Le Hégarat a fait partie, en octobre, des “bêta-testeurs”, les tout premiers utilisateurs. Contacté par un institut de sondages, il s’est inscrit dans une station du 15e arrondissement et a emprunté une Autolib’ à trois reprises, pour se rendre à son travail, dans le 17e. ” C’est très ludique. Avec cette petite bagnole silencieuse, j’avais l’impression de circuler dans un jeu vidéo”, raconte-t-il. Lors de ses trajets, M. Le Hégarat a constaté un dysfonctionnement du GPS, immédiatement signalé au centre de maintenance.
SURFACTURATION
Emmanuel, qui ne souhaite pas dévoiler son nom, a testé Autolib’ “par curiosité et par idéologie, carla location de voiture va remplacer la possession”, espère-t-il. Il a trouvé la procédure d’inscription et de prise en main du véhicule “sympathique, mais compliquée et un peu longue”. Le trajet, “assez agréable dans cette voiture connectée”, s’est bien déroulé, mais “le central n’a jamais enregistré la restitution du véhicule”, précise-t-il. Après quelques échanges téléphoniques, la surfacturation a été remboursée. Ces petits contretemps ne le conduisent pas à douter. “Le système est encore en rodage, comme Vélib’ au début”, conclut Emmanuel.
“Comme tout service nouveau, Autolib’ n’est pas parfait”, corrobore M. Varin, qui revendique 78 000 abonnés, dont 4 000 pour une durée d’un an.
Le dispositif rencontrera-t-il pour autant le succès escompté ? Aucun des deux utilisateurs n’a renouvelé l’expérience. “Je n’ai pas eu le temps”, lâche Emmanuel, dont le trajet quotidien s’avère aussi rapide en métro qu’en voiture. “Il ne m’est pas venu à l’esprit d’en louer une autre ; en tant que Parisien, la voiture ne fait pas partie de mes habitudes de vie”, témoigne M. Le Hégarat.
Olivier Razemon

Julien VARIN
27 janvier 2012
Bonjour,
Petite rectification, il n’y a pas 78 000 abonnés comme l’a indiqué l’article du monde d’hier. Ce chiffre est l’objectif à plusieurs années. De plus aujourd’hui près de 500 clients utilisent Autolib’ chaque jour. Quant au nombre de véhicules disponible il est en constante augmentation avec l’ajout de 300 véhicules chaque mois.
otromundo
27 janvier 2012
Merci pour ces précisions mais pour autant, cela ne répond pas à la question soulevée dans l’article : la très faible fréquentation d’Autolib’ près de deux mois après sa mise en service. Dans ce contexte, rajouter comme vous l’annoncez, 300 véhicules chaque mois ne semble pas des plus judicieux, surtout si ces mêmes véhicules deviennent des voitures ventouses… En vérité, il semble bien que ce soit le modèle économique (ou l’étude de marché au choix) qui soit en cause.
O.